EVOLUTION DES PRELEVEMENTS FRANCE et EUROPE 

STATUT de CONSERVATION du CHEPTEL EUROPEEN

LA REALITE

Synthèse de l'étude de Septembre 2019.

Pour la Bécasse des Bois Européenne, tout comptage de l'oiseau vivant est impossible, aussi bien sur l'aire de reproduction que sur l'aire d'hivernage.

Le but de cette étude est de savoir à partir de l'estimation et l'évolution des prélèvements sur plus de trente ans en France et en Europe, qu'elle est la réalité du statut de conservation des effectifs Européens.

Selon l'Oncfs l'estimation des tableaux de chasse constitue un enjeu de plus en plus important pour les espèces chassables, en particulier les oiseaux migrateurs.

Au plan scientifique, seule la connaissance des prélèvements et leur évolution permet de juger avec une bonne précision, la réalité sur l'état de conservation dans lequel se trouve les espèces chassables.

 

Prélèvements en l'Europe.

 

En 2000, le réseau Bécasse Oncfs estimait les prélèvements B des B chaque année en Europe entre 3 et 4 millions.

En 2017, il les estime entre 2 et 3 millions 40% de baisse en dix sept ans.

 

Prélèvements en France.

La France est le pays qui prélève le plus de Bécasses. Cohérent, c'est celui qui possède les estimations prélèvements les plus fiables, grâce aux enquêtes de l'Oncfs.

Pour leur enquête 2013/2014 l'Oncfs a choisi une nouvelle méthode qui a fait l'objet d'une publication dans une revue internationale, témoignage de sa solidité au plan scientifique. Elle leur permet de dire que les enquêtes 1983/1984 et 1998/1999 se sont traduites par une surestimation des tableaux de chasse qui peut atteindre 20% et même davantage.

Pour la B des B il est probable de pouvoir valider les prélèvements 2013/2014 comme proches de la réalité, puis en diminuant ceux de 1983/1984 et 1998/1999 des 20% constatés, mesurer leur évolution sur les trente derniéres années.

Il convient de signaler que la fréquentation et les prélèvements de la saison 2013/2014 étaient supérieurs à la moyenne des années 2000. D'aprés mes recherches la moyenne des prélèvements de 2008/2009 à 2017/2018 serait inférieure d'environ 10% par rapport à ceux de 2013/2014.(comme indiqué sur le tableau).

Minorés des 20% constatés.

Remarques sur les enquêtes prélèvements.

Pour une espèce migratrice comme la B des B, dont les fluctuations des prélèvements inter saisons sont importantes, il faut réaliser une enquête chaque année pour estimer leur évolution moyenne sur les dix dernières saisons. C'est la condition pour connaître l'état réel de conservation de l'espèce. Ne nous laissons pas leurrer par une saison de forts prélèvements, elle ne peut gommer à elle seule la tendance à la baisse d'une décennie.

L'Oncfs n'a réalisé que trois enquêtes en trente ans espacées de quinze ans. C'est largement insuffisant.

Néanmoins avec la même méthodologie utilisée pour ces enquêtes, nous constatons en France une baisse significative de 39% des prélèvements Bécasse des Bois en trente quatre ans. Phénomène aggravant cette tendance à la baisse n'a jamais cessé et s'accélère.

Pour mieux savoir ce qui c'est passé sur la dernière décennie pour les prélèvements et les Indices Cynégétiques d'Abondance(ICA), j'ai analysé les résultats de la Gironde* et du Morbihan, départements parmi les plus représentatifs pour la fréquentation et les prélèvements B des B en France.

* Les résultats de la Gironde (tableau et graphique) sont sur l'étude complète.

L'estimation des prélèvements du Morbihan a été réalisée par la Fédération des chasseurs du département. Avec un taux de retour de carnets de plus de 80%, cette Fédération fait respecter les termes du décret de 2011, puis en les exploitant obtient des résultats validés proches de l'exhaustivité.

Beaucoup plus visibles qu'en Gironde, les valeurs de l'Ica du Morbihan(ici celles du Cnb*) ne sont pas du tout en corrélation avec le niveau des prélèvements. Elles valident le peu de crédit que nous pouvons accorder aux ICA(indices cynégétiques d'abondance) pour connaître l'état de conservation du cheptel Européen B des B.

Aujourd'hui les ICA permettent seulement d'avoir une petite « idée » sur l'abondance des Bécasses chaque saison, par département et au plan national.

 

Comparaison de l'évolution des prélèvements Bécasse des Bois avec celle d'autres espèces chassables.

La tendance à la baisse des prélèvements de la B des B en France sur les trente quatre derniéres années doit nous interpeller. Ce n'est pas une bonne nouvelle pour le cheptel Bécasse Européen. Responsables cynégétiques, chasseurs de Bécasse, 3 spécialistes, scientifiques, chercheurs, experts ne peuvent plus faire comme si rien n'avait bougé, surtout quand on constate ce qui c'est passé sur la même période pour trois espèces migratrices emblématiques de la chasse Française.

Au tableau de chasse à tir il faut rajouter les prélèvements des chasses traditionnelles pour les quatre départements du Sud-Ouest(pantes) régis par des quotas.

Captures réalisées en 2013 :370.000 puis en 2017 :106.500( -71% en quatre ans).

Pour les pantes aussi les captures sont en chute libre.

Même si, vu les pratiques agricoles, les prélèvements des chasseurs n'en sont pas

les premiers responsables*, ils ont contribué et contribuent encore à amplifier et accélérer l'effondrement du cheptel Européen de l'Alouette des champs.

*Des espèces non chassées sont dans la même situation.

Une baisse aussi réguliére et importante des prélèvements en trente ans, prouve que pour les Turdidés ce sont bien les effectifs reproducteurs et migrateurs Européens qui ont chuté fortement, annonçant dans un proche avenir sans doute l'effondrement.

Avec la même méthodologie utilisée que pour les Alouettes et les Turdidés, nous constatons une remarquable stabilité des prélèvements sur trente ans, qui correspond au ressenti des observateurs et des chasseurs sur la santé de l'espèce. Elle confirme contrairement aux deux autres, à minima la stabilité et même l'augmentation de l'effectif global reproducteur et migrateur Européen du Pigeon Ramier.

Enseignements.

 

Les résultats de l'estimation des prélèvements sur les trois espèces étudiées sont en totale adéquation avec la réalité du terrain :

Pigeon Ramier : à minima stabilité. Alouette des champs, Grives et Merles tendance à l'effondrement.Ces résultats le confirment .

Lorsque les prélèvements d'une espéce restent stables, les effectifs reproducteurs et migrateurs sont à minima stables voir en hausse (cas du Pigeon Ramier).

Lorsque les prélèvements d'une espèce baissent, chutent ou s'effondrent sur plus d'une décennie, les effectifs reproducteurs et migrateurs suivent la même trajectoire (cas de l'Alouette, des grives et merles) sans oublier la Tourterelle des Bois.

Pourquoi la méthodologie de l'Oncfs qui fonctionne parfaitement pour ces quatre espèces s'arrêterait elle de fonctionner dés qu'il s'agit de la B des B ?

 

Cas de la Bécasse des Bois.

 

Il n'y a aucune raison objective pour que les mêmes causes ne produisent pas les mêmes effets. La tendance à la baisse continuelle des prélèvements Bécasse des Bois en trente quatre ans correspond à la baisse des effectifs.

C'est une constante, la totalité des espèces dont les prélèvements ont baissé sans discontinuer sur plusieurs années ont vu leurs effectifs diminuer, allant même jusqu'à s'effondrer. Pour certaines d'entre elles seul l'arrêt total des prélèvements quelquefois sur plusieurs décennies, a permis non seulement de reconstituer les effectifs, mais de constater aujourd'hui une surpopulation. Exemple : Oie des neiges ou Oie blanche du Canada.

 

Pour que les résultats obtenus ne soient pas contestables, j'ai étudié les paramètres suceptibles d'expliquer la baisse des prélèvements de la B des B en France.

 

Rien ne prouve que la baisse du nombre de permis de chasser ait eu une incidence sur la baisse des prélèvements Bécasse des Bois.

Tous les indicateurs consultés confirment que la pression de chasse sur cet oiseau n'a cessé d'augmenter, en particulier sur la derniére décennie compensant largement la baisse des permis.

Le PMA 30 a trés peu d'impact sur la baisse et la régulation des prélèvements.

Le réchauffement climatique ne peut toujours pas expliquer la baisse des prélèvements.

L'exploitation des carnets ne permet toujours pas de connaître l'estimation des prélèvements et leur répartition en France, à cause d'un retour de carnets insuffisant 43%. Ce non respect de la loi par la majorité des chasseurs en particulier les chasseurs de Bécasse, donne une mauvaise image de la chasse.

Il ne faudra pas s'étonner si nos adversaires se servent de cet argument pour nous discréditer.

Il faut bien l'admettre, aucun des paramètres étudiés n'est responsable de la baisse des prélèvements en France.

Conclusion.

 

La connaissance et le suivi des prélèvements est le meilleur moyen scientifique

pour connaître la tendance du statut de conservation de chaque espéce étudiée.

Quand pour la Bécasse des Bois nous constatons sur plus de trente ans :

En Europe : 40% de baisse des prélèvements.

En France : 39% de baisse des prélèvements.

Le cheptel reproducteur et migrateur Européen est forcément en baisse.

Pour moi ce n'est pas une surprise. Ce résultat est conforme à celui de 50 années de chasse des B des B avec mes chiens, d'observations, de notes auxquelles se sont ajoutées depuis 2009, dix années de recherches ininterrompues pour connaître l'état de conservation dans lequel se trouve cette espèce migratrice.

Confirmation : De plus en plus de chasseurs de Bécasse avec de l'antériorité, qui comme moi chassent encore réguliérement avec leurs chiens ont le même jugement. La tendance est de voir, de moins en moins d'oiseaux dans les bois.

Si on s'en réfère simplement à la chute des prélèvements sur plus de trente

ans en France mais aussi en Europe, nous pouvons en déduire qu'aujourd'hui les populations Européennes de la Bécasse des Bois sont en danger.

 

Tous ceux et ils sont encore trop nombreux parmi les spécialistes de la B des B, qui continuent d'affirmer saisons aprés saisons, en s'appuyant principalement sur les valeurs des ICA et IAN que l'espèce est en bonne santé, les effectifs Européens stables, non seulement se trompent, mais mettent en danger la Bécasse comme espèce chassable et par ricochet la pratique de sa chasse avec des chiens.

« Il est encore temps d'agir » phrase magique répétée de nos jours comme une incantation pour nous protéger de la fin des temps, ne suffira pas.

Seul mon naturel optimiste me pousse à y croire encore et à dire. Si nous la laissons souffler, cette espèce à la capacité de reconstituer ses effectifs, à condition que le cheptel reproducteur ne soit pas descendu trop bas.

 

Cette situation justifie, non pas une restriction dans l'acte de chasser la Bécasse des bois, mais une forte restriction dans l'acte qui consiste à la prélever.

 

Son avenir, celui de sa chasse dépend de nous tous. Nous verrons bien, mais personne ne pourra dire...Nous ne savions pas.

 

Nota : Pour en savoir plus, demandez nous l'étude compléte (ou les sources sont indiquées), sur le site : lachassedelabecassedesbois.com Actualité : Bécasses Investigations. La réalité sur les prélèvements et le cheptel Européen.

 

 

 

Philippe Vignac. Chasseur Chercheur Bécasse des Bois . Octobre 2019